Cette semaine, nous vous invitons à faire la connaissance de Kero, un artiste havrais évoluant depuis de nombreuses années dans l’univers du street art. Il nous parle aujourd’hui de son parcours artistique, de son travail et nous explique son point du vue quant à l’évolution de son art au sein de la société.

Bonjour Kéro, pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Nicolas Blondel, j’ai 43 ans, je vis au Havre. Je signe Kéro depuis mes 15 ans.

Votre parcours artistique a commencé au début des années 90 avec le graffiti. Comment vous est venue cette passion ?

C’est vers l’âge de 13/14 ans que j’ai commencé à me passionner des tags et graffitis. J’ai découvert les graffs le long des bordures de voies ferrées quand je prenais le train pour aller à Paris, ou ailleurs. Ce qui m’a bien plu à l’époque, c’est que c’était comme des séquences, des images très travaillées et colorées dans un univers morose, et gris, avec la vitesse en plus ; ça m’a vite enthousiasmé ! Le mouvement était en plein développement à l’époque, et Paris était recouvert de tags ; avec Nefaze, on se faisait des séjours sur la capitale à la recherche de « belles pièces », on longeait les voies ferrées, on allait à Tikaret (le shop Hip Hop de l’époque). Le début des années 90, c’était aussi l’âge d’or des sounds systems, il y avait aussi l’émission « Rapline » sur la 6, nous étions abreuvés de bons sons ! On a pu découvrir et partager la culture hip hop authentique avec le collectif BIZ, H24…

Vos œuvres sont particulièrement marquées par votre passion pour le voyage. Pourriez-vous nous parler de ceux qui vous ont particulièrement marqué et de la manière dont ils ont influencé votre univers créatif ?

C’est un voyage que j’ai fait en avril 1994 au Kivu en RDC qui a déclenché ma passion des voyages et de l’Afrique ; les évènements tragiques qui ont secoué cette région m’ont beaucoup influencé pour produire ; les étés des années suivantes je suis parti au Sénégal, Gambie, Algérie, et à partir de 2003, au Mali. C’est surtout au Sénégal que j’ai vu des peintures et des fresques qui m’ont parlé, j’ai pu rencontrer des artistes là-bas, j’ai été charmé par l’accessibilité des œuvres, le fait que certains artistes exposent dans la rue, au bord de certaines plages, l’art fait ainsi partie du quotidien et se mêle avec l’environnement, le résultat est super et atypique.

En plus de vos voyages, avez-vous d’autres sources d’inspiration ?

Je me suis pas mal inspiré de certaines sculptures tribales Africaines, telles que les Ty-wara (antilopes Bambara), masques Kwésé… Dernièrement, j’aime faire certaines bêtes que je traite comme des icônes.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus inspiré ?

Mon grand-père : Sacha Blondel / André Blondel ; la « old school » : Mode 2, Lookiss ; Jay One… ; les peintres expressionnistes COBRA.

Avez-vous un processus de création particulier que vous aimez appliquer dans la réalisation de vos œuvres ?

Je travaille beaucoup à partir de croquis. J’aime partir d’un dessin, par exemple un masque, que je vectorise par la suite sur l’ordinateur avec le logiciel « Illustrator », j’y rajoute ma « sauce » (des éléments graphiques : « des fragments »), j’en fais un logo assez synthétique, après je l’applique sur pas mal de supports (toile, papier, mur…) en utilisant différentes techniques (impressions, sérigraphies, graff, peinture…) cela permet d’avoir une certaine liberté de « traitement ».

Quels sont les principaux supports sur lesquels vous aimez travailler ?

J’aime travailler sur beaucoup de supports différents : mur, toile, supports de récupération, carton, papier, coton, tissu…

Vous travaillez énormément avec Nefase, un autre artiste Havrais. Comment s’est passée votre rencontre artistique ?

Avec Nefaze, on s’est rencontrés au collège, il y a 25 ans. On a commencé ensemble, nous avions une passion commune, au fil des années nous avons fait pas mal de bonnes choses ensemble, graffitis, tableaux, ateliers, modèles de tee shirts, décorations de festivals, devantures de magasins, association « Signes »..!
C’est lui qui m’a appris la sérigraphie et qui m’a motivé pour créer ma marque « Aetiopia ».

Parmi les différents projets que vous avez réalisés, quels sont ceux dont vous êtes le plus fier et qui vous ont le plus marqué ?

Un graff qui a été réalisé en 2012, sur le mur de la cour de promenade du quartier des mineurs, au centre pénitentiaire du Havre, en mode participatif, avec quelques détenus, c’était une très bonne expérience, riche en anecdotes…

L’été dernier, j’ai peint le mur extérieur d’une école primaire dans un quartier de Bamako, au Mali, le cadre était exceptionnel, il y avait beaucoup de passage car le fleuve n’était pas loin, le contact avec les riverains fut très positif, à refaire !

Utilisez-vous l’art pour dénoncer certaines choses qui vous tiennent à cœur ?

Dernièrement avec Neos, nous avons peint un mur sur le thème du Yémen et de la guerre qui y fait rage… Je pense que le graff peut être un bon moyen pour passer des messages, en ces temps qui courent, il y a des choses à dire…

Avec le recul, comment percevez-vous l’évolution du monde du street art au fil des années ?

Il y a une dimension financière qu’il n’y avait pas au début, avec des galeries qui se sont emparées du phénomène, les cotes des artistes dépassant la qualité de leurs œuvres… le phénomène est devenu mondial, il s’est « démocratisé », mais la rue reste le terrain privilégié pour peindre.

Quelle perception avez-vous de la place du street art au Havre actuellement ?

C’est un paradoxe car il y a plein de graffeurs, artistes… Et quand on va dans le centre-ville (et dans les autres quartiers), il n’y a rien, on voit très peu de graffitis. Ce n’est pas logique, il y a un retard considérable par rapport à d’autres villes, et même des banlieues, où s’est encré depuis longtemps et où ils organisent pleins de festivals, des réalisations de façades…

Enfin, les choses évoluent notamment grâce aux collectifs « Les Amarts » et « Are you graffing » qui arrivent à fédérer du monde, et organiser des bonnes choses autour des arts urbains, donc il y a de l’espoir que ça se développe.

Pour terminer, pourriez-vous nous citer trois artistes Havrais que vous appréciez ?

J’apprécie les travaux de Jean-Loup Chastres, Benjy Chapon et Arsen.

Entretien réalisé par Clémentine Descamps Avril 2019

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