Le 23 juin, Le Havre lançait son été au son de cent guitares dirigées par le compositeur américain Rhys Chatham, au milieu d’un incroyable décor embrasé et imaginé par la compagnie Carabosse. Les 100 guitaristes ont fait vibrer pendant une heure les cordes de leur guitare. Le CEM organisateur de l’événement m’a donné l’occasion de contacter 8 musiciens ayant participé à ce moment unique qui restera sûrement gravé dans de nombreuses mémoires.

47 ans,
Bassiste amateur et guitariste pour cette occasion
Groupe : Rosse Carbon
De Lyon
42 ans,
Musicien amateur
Groupe : SoulRumble, et commence une collaboration avec une chanteuse du Havre qui vient de signer avec un label.
Du Havre
De : Turretot
Surnom dans le milieu de la musique : Tim
47 ans,
Bassiste amateur et guitariste pour cette occasion
Groupe : Irie Stickers, The Sound Drivers et récemment dans le Collectif Jammin’
44 ans,
Guitariste amateur
Formation classique à l’adolescence, puis des cours au CEM
Groupe de variété française depuis 3 ans
Du Havre
38 ans,
Guitariste amateur
Groupe : Zone 51
Du Havre
De Leeds
58 ans,
Semi professionel
Pas de groupe
D’Angleterre

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de participer au concert des 100 guitares ?

Sylvain Lecanu : En ce qui me concerne la réponse se trouve dans la question, le fait de pouvoir jouer en harmonie avec autant de guitares me paraissait impensable ! C’est donc cette idée qui m’a séduit, le fait de pouvoir jouer avec 100 guitaristes, d’avoir la possibilité de vivre et d’expérimenter un moment unique en son genre.

Olivier Dick :  J’ai déjà participé à un projet de 100 guitares, l’an dernier, à Villeurbanne avec Gilles Laval à la barre. Le projet s’appelait « 100 guitares sur un bateau ivre » et cela m’a beaucoup plu. Mais avant ça, je connaissais et appréciais des artistes New Yorkais comme Glenn Branca et Rhys Chatham et ce type d’expérience  m’attirait fortement. Donc quand j’ai su que Rhys Chatham venait au Havre je n’ai pas hésité malgrès la distance et les grèves SNCF. Un ami devait m’accompagner mais il n’a pas pu se libérer à cause de son travail.

Tim : C’est la première fois que j’avais l’occasion de participer à un tel événement, jouer à cent guitares simultanément, cela est plutôt rare, j’étais motivé à 100 % dès mon inscription. C’est vrai qu’en regardant les précédents sur Youtube, au premier abord, j’ai trouvé cela un peu monotone et répétitif, voire long, mais cela n’a rien enlevé à ma motivation, j’étais vraiment curieux et impatient de vivre ce moment en live, et surtout du côté des artistes.

Frédéric Barray : En premier , ce qui m’a donné envie de venir a ce projet ce sont la curiosité et l’envie d apprendre. Après c’est parce que j’écoute par le hazard le rock de New York ( velvet,Lou Reed,Patti Smith,Tom Verlaine,Television,Modern Lovers,etc..) et que le nom de Rhys Chatham et La Monte de Youle m ont  parus familier meme si je ne pense pas avoir écouté ce musicien dans ces projet musicaux avant votre convocation. Et en plus je sortais de quelques mois de soins suite a cancer de la peau et je me suis dit qu’il n y avait que du bon a prendre. 

Karen Chastanet – Vattier : J’ai eu envie de participer au concert des 100 guitares pour partager un moment inoubliable notamment avec mon cousin, vivre une nouvelle expérience musicale (un défi ?), me laisser guider dans l’envie de créer d’un artiste et ainsi y contribuer un petit peu, et enfin être au cœur du lancement des festivités un été au Havre 2018.

Nicolas Lebrun : la curieusité comment le son allait etre geré comment reussir a synchroniser 100 guitares.

Photo Jean-Luc Nail

Mike Randall : J’ai joué dans 3 concert de 100 guitares orchestré par Rhys Chatham auparavant, à Liverpool, Birmingham et San Francisco. C’est toujours des expériences uniques et existantes et de belles opportunités pour rencontrer d’autres musiciens et découvrir de nouveaux endroits en participant à quelque chose d’historique, et il n’y a rien de comparable au son de 100 guitares.

John Maxwell Hobbs : J’ai joué au concert des 100 guitares “A secret Rose” il y a 4 ans à Birmingham. Je suis de très pres le travail de Rhys, j’ai travaillé pour lui il y a 20 ans de cela à New York  lors de plusieurs concerts comme ingénieur du son. A une autre époque nous avons travaillé tous les deux à The Kitchen, le lieu d’art experimental de New York.

Par quel moyen avez-vous entendu parler de cet évènement ?

John Maxwell Hobbs : J’ai eu l’info sur la page facebook de Rhys.

Olivier Dick :  Je suis abonné au profil Facebook de Rhys Chatham … je guettais ce moment !

Tim : Sur Facebook,  je me suis ensuite renseigné auprès du CEM, qui m’a orienté vers son site web, afin de remplir le formulaire d’inscription.

Frédéric Barray :  J’ai entendu parler de cet événement par une amie de ma sœur en relation avec la chambre de commerce je crois.

Sylvain Lecanu : L’événement a été relayé sur les réseaux sociaux, en ce qui me concerne c’est en naviguant sur le site «Le Boulevard des Artistes » que je suis tombé sur l’annonce du CEM.

Nicolas Lebrun : Sur Facebook via la page du CEM et au Sonic là où je répète avec mon groupe.

Karen Chastanet – Vattier : J’ai entendu parler de cet événement par la programmation d’un été au Havre 2018 : presse, radio, réseaux sociaux et également via les affiches au SONIC.

Mike Randall : Sur le facebook de Rhys Chatham je pense, cela a été annoncé quelques semaines avant l’événement donc cela été un peu la course contre la montre pour trouver le moyen d’arriver au Havre en partant de Leeds.

Comment s’est déroulée la répétition ?

Olivier Dick : Tout d’abord, il faut dire que c’est Mr Rhys Chatham qui nous a accueilli pour nous saluer et nous remettre la partition des 4 mouvements. Ensuite, remise d’un jeu de cordes, médiators en fonction de notre appartenance, soit au groupe ténor, alto ou soprano. Montage du nouveau jeu de cordes pour un accordage en open tuning en Mi. Une fois cela fait, notre « capitaine » Nico , chef des ténors  a réalisé pour nous une lecture complète de la pièce. Nous pouvions poser les questions que nous voulions et s’essayer sur toute les parties, ainsi que prendre des notes sur nos partitions. Tout ça joué sur notre guitare mais sans amplification. Ensuite, pause déjeuner organisée par le CEM et reprise des répétitions avec les 3 groupes et les amplis. Nous avons alors répété les 2 premiers mouvements (qui en comptait 4) de la pièce de Rhys Chatham. 

Karen Chastanet – Vattier : La seconde répétition s’est déroulée samedi 23 juin de 15h30 à 18h30 à la plage.
Nous y avons retrouvé l’organisation, les chefs d’orchestre.. et les amplis !! Installés à la plage là où allait avoir lieu le spectacle, nous avons fait les balances et avons repris la suite de la répétition.

Rhys Chatham vous a t-il demandé une préparation technique particulière ?

Sylvain Lecanu : Rhys Chatham avait pour simple prérogative de sélectionner des musiciens avec un peu d’expérience et ayant déjà joué dans un groupe. Il a écrit sa pièce musicale de telle manière à ce que l’on puisse la jouer après seulement quelques heures de répétitions. Pas de complications techniques particulières mais plutôt une capacité à suivre une structure rythmique. Les 4 heures de répétitions la veille du concert ainsi que les 4 heures de répétitions le jour même du concert suffisent pour pouvoir réaliser convenablement les différents mouvements du morceau.

Olivier Dick : En fonction du groupe auquel nous étions affecté, nous devions monter des cordes avec un tirant et un accordage particulier.

Tim : Rhys nous a demandé, lors des répétitions, d’être détendu, et de se faire porter, voire transporter par le son d’ensemble, de ne pas chercher à entendre le son de sa propre guitare, mais d’écouter le tout de manière homogène.

Karen Chastanet – Vattier : La technicité requise était essentiellement de l’endurance de la main droite et de la concentration pendant les 75 minutes de l’œuvre.

Mike Randall : La meilleure préparation pour ce type de concert c’est de s’entraîner au steady, fast, sustained tremolo picking (Trémolo régulier, rapide et soutenu) . Les partitions individuelles n’était pas trop difficile à jouer pour un guitariste moyen.

Pouvez-vous nous décrire les sensations que vous avez ressenties lors de ce concert ?

Nicolas Lebrun : Sur le papier, au premier abord, on ce dit que ça va être bizarre et long mais quand on a tous commencé à jouer ensemble, c’était très puissant. On jouait tous la même note SI qui laissait sortir toutes les harmonies. C’était génial !

Karen Chastanet – Vattier : Les sensations pendant le concert ont été un peu d’inquiétude (comment parvenir à être prêt pour un concert à 100 personnes en si peu de temps ?), le partage, le rire, la joie, une bonne osmose, les vibrations.

Mike Randall : Heureux et j’ai essayé d’être bien concentré sur les instructions qui nous étaient donnés sans être trop perturbé par le feu qui nous entouraient et le public.

John Maxwell Hobbs : C’était une expérience fabuleuse d’être à l’extérieur sur une plage au début de l’été entouré de ce spectacle pyrotechnique, puis entendre et ressentir le son de 100 guitares.

Olivier Dick : Enorme plaisir partagé avec nos voisins, capitaines, Rhys Chatham et le public … enfin il me semble !

Tim : Apparemment, 17000 personnes étaient présentes, du centre Paul Vatine au terrain de beach volley, fendre la foule dans cette ambiance de feu à la nuit tombée fût un peu flippant, super excitant, on se dit qu’on est en train de participer à une expérience un peu, voire carrément folle. Une fois installé sur scène, on attend que tout se mette en place et là on se dit il va falloir réussir ce challenge, même si ce n’est pas très compliqué à jouer, il faut le faire le mieux possible, et on n’est pas tout seul, un petit moment d’incertitude. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’était très ludique, et pour ma part cette heure est passée super rapidement. Plus on avançait dans l’œuvre et plus l’intensité montait, je dois dire qu’à la fin quand tout le monde était au taquet, j’ai carrément plané, inexplicable, jamais vécu ça, comme une sorte de transe mais tu es bien conscient, c’était génial (sans exagération). J’aurais bien aimé être dans le public pour écouter le son du meilleur endroit. Florian JOLLY, batteur des IRIE STICKERS, était dans le public il m’a dit après que les harmoniques étaient surprenantes, on aurait cru entendre des claviers ou d’autres instruments par moment pour reprendre ses mots.

Frédéric Barray : Unique et énorme ! (j’ai hâte d’avoir un retour audio, car sur scène, j’ai entendu comme le bruit d’un port en activité).

Sylvain Lecanu : Alors au départ, lorsque nous avons répété, je me disais que cela allait être sûrement compliqué de faire ressentir toutes les idées au public. Parce que ce n’est pas quelque chose que l’on a l’habitude d’entendre… et puis au fil des répétitions et jusqu’au moment du concert, j’ai commencé à rentrer dans cette ambiance… lors du concert, il fallait être attentif aux harmonies créées par la centaine de guitares.

Que retiendrez-vous de ce moment ?

Sylvain Lecanu : Je dirais un moment unique, une rencontre unique avec l’univers musical de Rhys Chatham que je ne connaissais pas et surtout une aventure humaine intéressante où j’ai pu me lier d’amitié avec d’autres musiciens.

Olivier Dick : Que jouer ce genre de musique à 100 possède plein de moments de magie sonore !!

Karen Chastanet – Vattier : J’ai vécu et partagé un moment exceptionnel et inoubliable. Cette composition étonnante, expérimentale à mes yeux m’a transportée. En effet, nous étions loin des partitions auxquelles nous sommes habituées. Il s’agissait de jouer une rythmique et de faire vibrer les harmoniques. L’ambiance nocturne entourée de feux était magique, psychédélique.

Tim : J’ai vécu une excellente expérience, j’y retournerai les yeux fermés, dommage que le public n’ait pas été prévenu en amont, car à mon avis, les gens s’attendaient à un concert de rock avec de multiples solos de guitare. Seuls les personnes ayant une ouverture d’esprit sur l’art pouvait saisir le message je pense. En tout cas, on a pu retrouver plein d’amis guitaristes, échanger, rigoler, une belle aventure humaine.

John Maxwell Hobbs : Je m’en souviendrai toute ma vie.

Frédéric Barray : Partage, relationnel, nouvelles connaissances musicales, moment unique, et toujours ce message de surtout bien profiter de ce moment.

Nicolas Lebrun : La puissance du son : une vraie claque dans la gueule !

Mike Randall : Tous les concerts 100 guitares sont uniques et le spectacle pyrotechnique était spectaculaire.

Avez-vous pu échanger quelques mots avec Rhys Chatham ?

Mike Randall : Oui, il m’a même aidé à trouver une guitare au Havre, je n’ai pas eu à ramener la mienne d’Angleterre.

Sylvain Lecanu : Oui bien entendu, il était très facile de discuter avec Rhys, nous avons échangé longuement lors du dîner organisé juste avant le concert. Un personnage intéressant, qui a une vision de la composition minimaliste et recherche dans ses écritures des ambiances et généralement des atmosphères où l’on se sent bien, nous avons évoqué sa collaboration avec Phillip Glass et son travail lorsqu’il dirigeait le programme musical de « The Kitchen » une salle de spectacle New-Yorkaise. Nous avons également évoqué ses prochaines inspirations et ses prochains spectacles qui devraient être tout aussi déroutant pour le non-initié.

Olivier Dick : Bien sûr, oui ! Il est très accessible, et est pour moi une figure mythique du rock New-Yorkais de la fin des années 70’s. C’est l’anti star system et ça c’est Rn’R !!

Karen Chastanet – Vattier : Je n’ai pas échangé personnellement avec Rhys Chatham. j’ai juste assisté globalement à différentes discussions à propos du spectacle.
J’ai par contre échangé avec d’autres personnes pendant le repas : des personnes venues de Lyon, Paris, d’Angleterre pour venir jouer avec Rhys Chatham.
Enfin, un groupe Facebook a été créé à l’issue du spectacle à l’initiative du CEM. Ce groupe permet d’avoir des retours des uns et des autres et également d’avoir des informations sur l’actualité de Rhys Chatham renseignées par lui-même J.

John Maxwell Hobbs : Avant et après le concert car nous avons pris le même train de retour pour Paris et avons parlé de ce que nous avions fait ces dernières années.

Entretien réalisé par Grégory Constantin, Juillet 2018 / Photo Jean-Luc Nail / Photos et Vidéos Grégory Constantin / 

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2018-07-24T17:28:52+00:00