Entretien avec Clairelise Choblet - Boulevard des Artistes

Ce mois ci je vous propose de découvrir l’oeuvre de Clairelise Chobelet, l’artiste originaire de Lyon nous fait découvrir , dans cet entretien, sa vie artistique : peinture, sculpture, dessin et transmission de ses connaissances. Vous pouvez également admirer son travail à l’exposition du Cercle des Artistes Havrais  à la Galerie du Parc à Notre Dame de Gravenchon jusqu’au 29 Juillet.

Bonjour Clairelise, pour commencer cet entretien revenons quelques années en arrière : quelle est l’origine de ton amour pour la peinture, la sculpture et plus encore, le dessin ?

C’est vrai que c’est le dessin, mon moteur. Je dessine vraiment tous les jours, parfois 1/4 d’heure, parfois 3 ou 4h. Le dessin me permet d’ouvrir mon regard, d’appréhender le sujet dans sa globalité avant d’entrer dans le détail. J’ai toujours mon carnet de croquis avec moi.

L’origine, ça vient de trois personnes : Ma grand mère, May Chobelet : elle nous traînait dans les musées, mes frères et sœur et moi ; ça aurait pu nous dégouter de l’Art, mais en fait ça a produit l’effet escompté. Elle m’a légué aussi ses palettes, pinceaux et chevalets, ils sont toujours dans mon atelier. Elle était peintre amateur et prenait des cours aux Beaux Arts de Lyon. Moi j’étais impressionnée par ses dessins de nus, ses bouquets et ses paysages…

Il y a eu Monsieur Ruet, un prof de dessin au collège, à Lyon. Il m’avait complimentée sur un portrait que j’avais réalisé en cours. Il y avait mis son petit coup de patte, qui rendait mon dessin magnifique. Je suis rentrée chez moi et je n’ai rien dit sur l’aide apportée…

Mes parents m’ont félicitée : je suis devenue « celle qui dessine bien ».  Et puis un prof, aux Beaux Arts de Lyon : Paul Clair. Il était admirable , dessinait devant nous des croquis d’après modèle vivant avec une agilité déconcertante et tellement fédératrice. J’allais aux cours avec un enthousiasme inégalable.

A quel âge et dans quelles circonstances as-tu exposé pour la première fois ?

J’avais 20 ou 22 ans, je ne sais plus trop. J’ai exposé avec un de mes frère, Denis, qui est photographe et créateur numérique aujourd’hui. C’était dans un petit resto à Lyon, sur les pentes de la Croix Rousse : « Le Persil Bémol ». J’exposais des portraits, Denis ses peintures. C’était chouette de faire ça ensemble.

Peux-tu nous parler un peu de lui ?

Mon frère est toujours à Lyon. Il crée des images singulières et certaines me plaisent beaucoup. Il a un site éponyme.

As-tu suivis une formation artistique ?

Oui, en cours du soir, aux Beaux Arts de Lyon, puis de Lille, puis du Havre (mon travail m’a amenée à bouger).

Quels sont les artistes qui t’ont inspirée ?

De toute évidence, c’est Ernest Pignon Ernest. A mes yeux, c’est le Michel Ange du XXI siècle. Son coup de crayon est exceptionnel, puissant, troublant même. Et puis c’est un homme subtil et cultivé. Je ne l’ai jamais rencontré mais c’est un rêve que je caresse ! Il y a aussi Fabienne Verdier, qui peint des calligraphies avec des pinceaux gigantesques faits de queues de chevaux et montés sur treuils. Elle les a équipés d’un guidon de vélo pour mieux les manipuler. Sa démarche picturale est admirable, très singulière. J’ai été aussi très troublée par les sculptures monumentales de Hanneké Beaumont : je les ai découvertes en 2005, je crois, à la Bénédictine de Fécamp. C’est après cette découverte que j’ai commencé ma série « Hommes/Humains ».

Fabienne Verdier

Te souviens tu de la première toile que tu as vendue ? Quels sentiments éprouve t’on à ce moment là ?

La première, non, pas vraiment. Mais par contre je me souviens d’un grand format vendu lors de ma première expo au Carré du THV [ndlr : Théâtre de l’Hôtel de Ville du Havre] un dyptique à l’huile. La toile était à peine sèche. C’est une jeune femme qui a eu un coup de coeur irrépressible. Et moi comme j’avais besoin d’argent, j’ai accepté. Mais j’ai eu me coeur gros pendant des mois

Maintenant, même si j’ai toujours besoin de vendre mes œuvres pour gagner ma vie, je ne propose plus à la vente les pièces auxquelles je tiens absolument. Elles jalonnent mon parcours pictural et je les garde.

Comment pourrais-tu définir ta peinture ?

Voilà la question que redoute le plus un artiste … on n’aime pas se définir, se mettre dans une case. D’ailleurs personne n’aime. Mais je vais essayer de répondre. Ma peinture est figurative, à 80%. Je travaille un peu l’abstraction, en alternance. Je suis portraitiste, j’aime les humains avant tout. La relation avec un modèle est un carburant essentiel pour moi.

Je sais que tu as une muse, issue d’un rencontre fortuite à la plage du Havre, il y a 10 ans. Peux-tu nous présenter Gabrielle ?

Gabrielle est un ange tombé du ciel. Je te jure, je l’ai vue comme ça ! Lorsque je l’ai vue, dans ce bar à la plage, j’étais bouleversée. Je lui ai parlé, en tremblant qu’elle refuse de venir me voir à mon atelier, je lui ai dit de se faire accompagner de ses amis pour être totalement rassurée, et elle est venue. C’était il y a 10 ans, (à l’époque elle était étudiante, maintenant elle est Docteur es-lettres). Sa présence a donné une impulsion extraordinaire à mon travail.

En entrant dans ton atelier on remarque que Gabrielle est effectivement présente sur de nombreux tableaux, sa rencontre a t’elle déclenché chez toi un source d’inspiration vive et productive ?

Elle a été le sujet exclusif d’une grande série de toiles dont beaucoup ont été acquises par des collectionneurs. Son regard était emprunt d’une gravité et d’une candeur qui m’ont bouleversée longtemps.

As-tu un moment dans la journée où tu préfères travailler ?

Clairement le matin, très tôt, au lever du soleil. L’été est plus inspirant que l’hiver pour moi. J’aime la chaleur. Probablement mes origines lyonnaises. Et puis je rêve mes toiles au moment du réveil, tu sais lorsque tu n’es pas encore totalement réveillé et que tu as encore de la brume dans les yeux …

Quel est ton processus de création ?

C’est celui là : je crée souvent l’image à mon réveil, ça vient tout seul, et puis une fois devant le chevalet je laisse faire l’envie, ou l’instinct je ne sais pas. Je suis attentive à mes ressentis corporels : si j’ai une boule dans la gorge, je sens que dois modifier ma touche de pinceau. Si je me sens calme et sereine, je sais que la trace est juste, pour moi.

Tu as exposé tes œuvres dans la cafétéria de l’hôpital Jacques Monod en mai, comment est venu l’idée de présenter tes tableaux là-bas ?

Ah mais ce n’est pas moi qui ait eu l’idée ! c’est le médiateur culturel de l’hôpital, Eric Duteil, qui m’a proposé. L’expo a duré 6 semaines et les retours ont été excellents, aussi bien des soignants que des patients, qui disaient que ça égaillait leur quotidien.

Tu exposes avec les artistes du Cercle des Artistes Havrais à La Galerie du PARC à Notre Dame de Gravenchon, en juin. Y’a t’il un thème ?

Pas de thème, chacun expose ce qu’il veut, et grâce à l’accrochage subtil du maître des lieux, Olivier Bonnet, on atteint toujours une belle cohérence. Cette Galerie du PARC est un lieu magnifique, très grand, très « parisien » bien que perdu au milieu des champs. C’est vraiment un joli but de balade. C’est ouvert du mercredi au dimanche, de 14h30 à 18h.

peintres

Un petit mot sur les ateliers que tu proposes, quand et comment peut-on participer ?

Oui je propose des ateliers DESSIN PEINTURE MODELAGE AQUARELLE et MANGA. C’est sous forme de stages 1/2 journée ou journée ou WE, indépendant les uns des autres, mais complémentaires. On peut me contacter par mail (atelierclc@gmail.com) ou sur ma page Facebook, ou via mon site : www.clairelise-chobelet.com

Je voulais également aborder avec toi ton activité à la radio comme productrice animatrice.

Je fais de la radio depuis très longtemps : c’est mon média préféré. Il permet de rêver , d’imaginer , de visualiser. Laure Adler, productrice sur France Culture à dit un jour qu’il était intéressant d’évoquer les arts visuels à la radio : avec une description narrative , on permet à l’auditeur de se fabriquer une image mentale. C’est ce que je fais dans mon émission PORTRAIT, en invitant des artistes et des acteurs culturels locaux.

Sais-tu combien d’invités tu as reçu pour « L’émission Portrait » ?

Pas loin de 450 ou 500…

Y’a t’il une émission qui t’a particulièrement marquée ?

Au début de ma carrière, j’ai interviewé Maurane, qui a rejoint les étoiles il y a quelques temps. Ça m’a fait beaucoup de peine. Maurane était une belle personne, une artiste pleine de talent, généreuse et attentive aux autres. Je l’ai interviewée dans sa loge juste avant un de ses concerts en 1998. Ma fille Violette m’accompagnait, exceptionnellement. Elle s’était faite toute discrète, du haut de 8 ans, dans un petit coin de la loge.

A l’issue de l’entretien, MAURANE a signé un autographe sur la main de Violette qui n’avait pas de papier, et qui était si ravie qu’elle a refusé de se laver les mains pendant 3 jours.  

Puis Maurane m’a demandé si j’assistais à son concert : la salle était comble et je n’avais pas de billets. Alors elle a fait placer 2 chaises dans l’allée, au 1er rang, et nous avons passé une merveilleuse soirée.

Tu es originaire de Lyon, tu es arrivée au Havre il y a 30 ans. Quel est ton attachement à notre ville ?

J’adore Le Havre ! Contre toute attente, je l’avoue…. quand tu viens Lyon, Le Havre te semble une punition ! Et c’est chez moi, ici, maintenant. Le temps, ça, c’est le problème, moi j’aime la chaleur et le soleil, on va pas se mentir, yen a moins ici qu’à Lyon….mais y’a la mer, ici, et on a une qualité de vie vraiment super. Par exemple ?

Culturellement parlant, pour une ville de cette taille, l’offre est remarquable. Le Volcan, et son directeur Jean-François Driant, permet de voir des spectacles magnifiques. Le MuMa offre des expo extra. J’y ai déjà animé plusieurs ateliers destinés aux adultes fans dans le cadre d’expositions prestigieuses comme Nicolas De Staël ou Eugène Boudin….  Et puis là, on va retourner danser la salsa à la plage, puisqu’il fait beau. Ce sont des moments inoubliables.

Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Je termine une série plutôt monochrome, sur des personnages illustres comme Athéna, Apollon ou le dieu Mars…. et je tente d’aboutir un retable sur bois avec une VANITÉ à l’intérieur.

Pour terminer, pourrais-tu nous donner 3 noms d’artistes de la région Havraise que tu apprécies particulièrement ?

Oh là là, Grégory, tu sais que ça c’est une question piège ? et que ça engendre inimitiés et jalousie ? En plus, n’en citer que 3 ? Alors que des dizaines d’artistes ici me font voyager virtuellement grâce à leurs créations ? Non, vraiment, tu es cruel. Bon, alors… j’essaye. Mais j’évite les plasticiens, comme ça, pas de jaloux. Et je ne cite que des professionnels.

MICHEL LACAILLE, de la compagnie SDF, comédien de rue.

BLVCK SAND, compositeur de musiques actuelles.

GEORGES VÉRIN,  metteur en scène et  réalisateur. [ndlr : il a réalisé un court métrage sur Clairelise Chobelet, demandé par la Maison de la Culture du Havre, dans le cadre d’une série nommée « Portraits d’Artistes, visible sur YouTube, comme d’autres reportages TV sur cette artiste].

Entretien réalisé par Grégory Constantin  Mai 2018

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2018-06-14T07:35:40+00:00