Photographie Denis Grisel

Après le succès des premières représentations au Bistrot, le Théâtre de l’impossible reprend « Marcel Duchamp soigneur de gravité » d’après le texte de Gabrielle Colace Scarabino au satellite Brindeau. J’ai rencontré Jean-Baptiste Lemarchand le metteur en scène de la troupe.

Bonjour Jean-Baptiste, les projets se suivent et ne se ressemblent pas, qu’est-ce qui vous a donné envie de monter ce spectacle ?

Lorsqu’on a un certain âge, il faut je crois, savoir faire des hommages aux personnes qui nous semblent importantes. Duchamp fait partie des gens qui m’ont éclairé, un guide. Son travail m’intéresse, mais aussi son attitude d’indifférence á toute chose et sa manière d’être devenu pour l’art un empêcheur de tourner en rond. Mon grand père s’appelait Marcel, il était exactement à l’opposé de Duchamp, mais je pense souvent à eux.

Le texte de Gabrielle Colace Scarabino a t il déjà été monté  ?

C’est un texte qui a été créé pour nous. Une très belle rencontre avec Gabrielle, qui a écrit de très belles choses notamment  » Roue de bicyclette est-elle une oeuvre d’art? », elle s’est pris au jeu de l’écriture théâtrale pour la première fois.

Que raconte Marcel Duchamp soigneur de gravité ?

Son oeuvre, une partie de sa vie, sa relation avec des amis qui ont comptés, sa relation aux femmes mais aussi et surtout l’énergie d’une époque, la vigueur des intellectuels d’alors et l’insouciance (apparente) face aux tragédies guerrière de son temps. La pièce résonne également avec notre temps.

Pour l’adaptation de cette pièce, on découvre des nouvelles  comédiennes, des nouveaux comédiens est-ce facile de trouver des nouvelles têtes ?

Oui, ce n’est pas si simple de faire des rencontres de comédiens, qui vous font confiance, qui s’adaptent à un groupe fort. Mais lorsque ces unions naissent, et c’est le cas pour cette création, c’est une aventure humaine unique.

Pourquoi  avoir choisi de jouer au Bistrot  pour les premières représentation de cette pièce ?

C’est un bar ou j’ai passé pas mal de temps, les Havrais connaissent bien ce lieu. Il y a dans cet endroit une âme particulière, je ne sais pas vraiment à quoi ça tient, un peu comme « la présence » pour un comédien, c’est là devant vous, on ne comprend pas comment ça marche et c’est très bien comme ça.

C’est plus compliqué de jouer dans un lieu exigu ?  Ou le lieu s’y prête volontiers avec le public au plus près ?

Le théâtre amateur est habitué à changer de lieu pour espérer jouer un peu plus, il s’arrange très bien de passer de l’exiguïté  à plus large et vice versa. Pour cette création, nous souhaitions une proximité avec le public, pour leur parler à l’oreille ou bien les intégrer à la folie DADA.

Vous allez reprendre cette pièce le 14 janvier 2017, ce sera une séance spéciale ? 

L’auteure sera parmi nous, et verra la pièce pour la première fois. Ce sera impressionnant pour nous tous.

Après le Havre  d’autres villes en perspective ? 

Nous aimerions jouer dans les musées qui ont des oeuvres de M. Duchamp, puis à Marseille où habite Gabrielle, à Philadelphie  où en alternance sont les plus grandes oeuvres de Duchamp, on peut rêver ! Non ?

Quelles sont les impressions du metteur en scène pendant la représentation ? stress ?  détachement ?

Une alternance des deux, du stress oh oui !

Mais aussi des moments ou je rentre malgré moi dans l’histoire, je vois et j’entends le texte comme un spectateur, ça ne dure jamais longtemps, les doutes, les erreurs, les démons ou les anges vous rappellent à l’ordre.

Voila déjà plus de 20 ans, que vous êtes à la direction de la compagnie, vous avez créé et adapté de nombreuses pièces, y a t’il encore des pièces que vous révériez d’adapter, des créations en vue ?

C’est une quête permanente de trouver le texte contemporain qui nous corresponde, on y travaille et puis  on tourne autour d’auteurs que l’on aime et qui nous impressionnent,  B.M.Koltés,  Michel Vinaver et aussi le grand Shakespeare. Je crains de ne pas avoir assez de temps pour satisfaire tous nos désirs.

Quelles sont vos meilleurs souvenirs en tant que metteur en scène ?

Il y en a tellement ! Ce qui me vient tout de suite à l’esprit, ce sont les moments où un comédien comprend  et apprend définitivement son métier, sur le plateau devant nos yeux, c’est un palier nécessaire, unique qui le fait devenir celui qui pourra tout jouer.

Il y a aussi les émotions révélées par le public, très touchantes  parfois et qui me confortent dans l’idée que le théâtre est utile et nécessaire et par conséquent que nous n’aurons pas vécu pour rien (ou que nous ne travaillons pas pour rien)

Quel est la plus grande satisfaction pour un metteur en scène ?

Réussir dans un groupe de travail théâtral à créer une unité de point de vue sur le projet, et de voir chacun se battre à défendre l’idée commune.

Et le pire cauchemar ?

De ne plus avoir d’idées, ne plus surprendre…

Pour terminer quels sont les projets et que pouvons nous vous souhaiter pour l’ année 2017 ? 

Un beau « théâtre à l’arraché » projet à venir au Portique, centre d’art du Havre.

Vidéo Gattaca Studio et Fabrice Autret

Photos Fabrice Autret et JB Lemarchand

Entretien réalisé par Grégory Constantin Février 2017

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